Mes grands parents

Chroniques


Quelques anecdotes de ma petite enfance

J'ai le goût ici de vous raconter quelques anecdotes venues tout droit de mon enfance à Montréal. Celà vous permettra de comprendre l'origine de ma passion pour la lecture et les livres, de même que pour les histoires et la musique, lieu charnière d'où mes GRANDS RÊVES ont pris naissance.

Les histoires de grand-père.

Nous vivions tous ensemble avec mes grands-parents paternels, mes deux frères, ma soeur cadette et mes parents. C'était donc, ce que nous nommons aujourd'hui: "une famille élargie". À la suite d'une longue maladie, ma mère ( une femme courageuse et qui aimait tant la vie ) s'est retrouvée handicapée physiquement, alors mes grands-parents devenaient un précieux soutien pour notre famille. Lorsque nous étions un peu turbulents, ma mère (Irène Baron) s'empressait de demander à grand-père (Joseph Héon) que nous appelions "grand-pépé", de nous raconter une histoire pour nous calmer et nous occuper quelques instants,qui parfois se prolongeaient durant quelques heures. C'était, il va sans dire, directement ancré dans la tradition orale, car peu de gens savaient vraiment lire à l'époque.

cote StradivariusAlors, Joseph nous racontait les Mille et une nuits et autres contes populaires de l'époque. (Alibaba et les quarante voleurs, Anna de Braban, Peau d'âne etc...) Pour faire durer l'histoire, il faisait semblant de l'avoir oubliée ou il inventait un autre passage, et nous nous empressions de lui rafraîchir la mémoire. C'était un conteur né, il se faisait prier, feignant parfois de ne pas avoir le goût de raconter, parfois il faisait semblant de s'assoupir, c'est arrivé quelques fois que nous sommes tombés dans le panneau. J'étais l'aînée et c'était mon parrain, un jour il m'a demandé de raconter l'histoire à sa place, en prétextant que, il était fatigué et vieux et que je me devais de prendre la relève. Après quelques hésitations et quelques arguments de mon cru, je me suis exécutée, mais j'étais allée à la bonne école, alors rendue à la conclusion, j'ai fait semblant de ne plus me rappeler la fin de l'histoire. Un grand éclat de rire m'a fait comprendre qu'il n'était pas dupe. Le tout s'est terminé dans un fou-rire général qui a intrigué ma mère et ma grand-mère, qui sont venues voir ce qui se passait. Grand-pépé, qui n'était pas né de la dernière pluie, leur a dit que "C'était notre secret", bon et puis voilà!


Les rêves de grand-mère.

Ma grand-mère (Marie Richard) que l'on appelait: grand-mémé, parfois au petit déjeuner, mais surtout au repas du soir, nous racontait la vie à la ferme de ses parents, mais surtout, elle nous racontait ses rêves. Du moins, c'est de cette manière qu'elle nous présentait "ses histoires". Parfois, je voyais mon père (fils unique) sourire en regardant et en écoutant sa mère raconter. Elle nous affirmait que souvent, elle a vu en rêve ce qui allait se produire dans la réalité. Je comprends aujourd'hui que certains rêves de Marie étaient des "rêves prémonitoires". Il me vient un exemple en mémoire: "la mort de son père" tel qu'elle s'est produite. Dans son rêve, c'est l'hiver et la neige est abondante, elle aperçoit la cariole familiale renversée en bordure du fossé, et son père mort gelé. Le matin à son réveil, elle raconte son rêve ou plutôt son cauchemar à sa tante Sara, qui bien sûr ne crois pas du tout au message des rêves. Marie évite d'en parler à sa mère pour ne pas lui faire de la peine. Une semaine plus tard, son père est retrouvé exactement comme dans son rêve, il est mort foudroyé par une crise cardiaque. Quelques mois plus tard, la tante Sara prétend que sa nièce parle avec le diable. Sa colère contre celle que toute la famille appelait "La petite Marie" se prolongera durant plusieurs années. Sara vivait avec la famille depuis toujours et elle était très attachée à son frère. Elle n'a jamais accepté de nous raconter la mort de sa mère qu'elle avait également vécue en rêve.

Grand-mémé avait de l'humour et la réplique assez vive. Elle était aussi très "habile de ses mains", (dentelles, courtepointes, confection de vêtements et autres) Lorsque ma mère (excellente cuisinière et ne badinant pas avec l'hygiène en général) trouvait, par exemple, que les restes de repas de sa belle-mère dégageaient une drôle d'odeur, Marie s'empressait de lui dire: "Sens ta part et laisse la part des autres". Ma mère et ma grand-mère étaient des femmes tellement différentes. Entre elles, ce n'était pas toujours "la parfaite harmonie". Mais je les aimais beaucoup toutes les deux, c'était comme si j'avais "deux mères", avec lesquelles je faisais des apprentissages tout à fait différents. Tous les jours donc, ma mère chantait ou elle écoutait de la musique à la radio, tandis que ma grand-mère travaillait à son artisanat et se racontait le soir venu.


Les livres, une porte ouverte sur la connaissance

Dès mon entrée à la petite école, j'ai tout de suite eu un coup de coeur pour les livres, et j'étais empressée d'apprendre à lire. J'ai toujours aimé l'école et mes résultats scolaires étaient excellents.( soit disant sans me vanter...) Dès lors, à chaque fin d'année, je revenais à la maison les bras chargés de livres que j'avais récoltés comme prix ou comme récompenses. Les religieuses n'offraient que des livres. Et bien sûr, durant les vacances d'été, je lisais plusieurs heures par jour sur la galerie avant. N'étant pas très sportive, je me lançais à corps perdu dans la lecture, peut-être pour suppléer aux "histoires de grand-père" qui se faisaient plus rares. Mon grand plaisir avec un petit voisin, et parfois avec des petites amies,c'était d'échanger nos lectures. Chacun chacune de son côté, nous lisions un livre différent et après nous nous le racontions à tour de rôle.Sans le savoir vraiment, à cette époque, je marchais déjà sur les traces de " Grand-père, le conteur ". Mon père m'encourageait dans cette voie en affirmant que l'on peut tout apprendre dans les livres ou presque. C'est ce qu'il faisait lui-même d'ailleurs sauf que les livres dans lesquels il étudiait étaient écrits en anglais. Je sais également que mon père (Damas) avait lu: Saint-Augustin et quelques philosophes grecs, il m'en a parlé à quelques reprises.


Les études, et puis après...

Tel que mentionné précédemment, l'école était mon lieu de prédilection, mon univers, ma planète. Bref j'adorais les études. Une année, avant de faire mon entrée à l'université en Lettres, mes parents m'ont retirée de l'école en catastrophe, pour toutes sortes d'excellents raisons. Mon nouvel objectif c'était de me former pour travailler dans un bureau. Tous mes grands rêves, mes projets d'avenir venaient de tomber à l'eau. Je me suis conformée, j'ai serré les dents, et j'ai remisé mes rêves (sauf un: jouer du piano) dans un tiroir barré à double tour. À cette époque, j'avais commencé à écrire un roman, mais au bout d'une quinzaine de pages, je tombais en "panne sèche". Beaucoup d'eau a coulé sous les ponts, les saisons ont roulé et les aiguilles ont tourné., puis finalement, c'est ma fille Paule qui m'a guidée pour entrer à l'université et enfin accéder à cet univers de la connaissance que j'avais quitté vingt-cinq ans plus tôt. (Voir: Notes biographiques dans mon roman: Émue sera la Lune.)


Victor mon petit flls


Un violon caché derrière un piano

Mon père aimait et écoutait beaucoup de musique de toutes sortes, classiques et populaires. C'est par grand-père que nous avons appris que mon père avait un violon caché quelque part dans la maison, qu'il avait déjà joué dans un groupe et qu'il ne voulait plus jamais jouer. J'ai essayé toutes sortes de ruses pour le faire changer d'avis, ce fût peine perdue. Je crois que c'est quelques mois après ma naissance que mon père avait brisé son archet volontairement.(Un mystère et un secret qu'il a emportés avec lui.) C'est mon grand-père qui avait fabriqué le mystérieux violon (copie de Stradivarius) que nous n'avons vu que des années plus tard. Je n'ai jamais compris pourquoi il nous avait privés de cette riche facette de sa personnalité.

Quand j'ai vu un piano pour la première (j'avais quatre ou cinq ans) c'était à Québec chez une cousine de mon père à qui nous avions rendu visite. Elle s'appelait Lorette, nous l'appelions " la belle Lorette". Donc, cette belle cousine jouait du piano et elle chantait. Pour moi, ce fut une révélation. Je regardais cet instrument que je trouvais tellement beau et noble. J'avais eu la permission de toucher à quelques notes, sans plus. Dès cet instant, le piano est subitement devenu un objet: précieux et mythique. Un trésor!

Lorsque je suis entrée à l'école, j'avais la possibilité de prendre des leçons de piano au couvent. Ce fût impossible, je n'avais pas de piano pour pratiquer et le prix des leçons ne rentraient pas dans le budjet familial. Mais l'idée faisait son chemin. Parfois je rêvais que je jouais du piano et mon père du violon. Depuis quatre ans maintenant, Victor (mon petit-fils) prend des leçons de violon, et il joue vraiment très bien. C'est un bel exemple de rêve qui traverse parfois les générations. Mélanie, (ma petite-fille) aime écrire des poèmes, il y a deux ans environ, elle a gagné un prix à son école pour un poème, elle joue également de la flute et du clavier. Quelle belle convergeance ! Un beau cadeau de Damas ou de la vie. Un retour d'ascenseur quoi !

Lorsque j'ai commencé à travailler dans un bureau, tel que recommandé par mes parents, je vous laisse deviner le premier achat que j'ai fait. Et oui, je me suis acheté un piano et je l'ai payé durant deux ans. Je me suis offert également des leçons durant quelques années. Plus tard, toute ma famille a pris des leçons ( un professeur venait à la maison.) Un jour, j'ai vendu mon piano, pour toutes sortes de raisons et je l'ai regretté dès le lendemain. Quelle folie!

Il y a deux ans, je me suis procurée un piano numérique et j'ai recommencé à prendre des leçons de ma belle-soeur, Claire Bigras, histoire de me dérouiller. L'été dernier je me suis racheté un piano acoustique, que je laisserai en héritage. Merci à Ghislaine de m'avoir vendu le piano de sa belle-mère Lorraine.

Aujourd'hui: PIANO ET VIOLON trônent à la Place d'Honneur en nos demeures.

Voilà!